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Les révoltes collectives PDF Imprimer Envoyer

 

2.1. Les actes de résistance

Les historiens américains ont dénombré qu'en trois siècles d'esclavage, dans les seuls U.S.A. d'aujourd'hui près de 300 actes de résistance ayant entraîné au moins la mort d'un homme blanc ; soit une révolte violente par an dans les Etats du sud. Les actes de résistance les plus fréquents étaient :

- le meurtre des planteurs, gérants, et gardiens blancs ou noirs,
- l'incendie criminel (en moyenne un par mois),
- l'empoisonnement collectif de la famille blanche (en moyenne une par trimestre),
- l'attaque concertée de magasins ou de prisons pour libérer des esclaves repris.

Les éléments favorables à ces révoltes étaient :

- l'importance du nombre d'affranchis noirs, qui assurait une bonne base d'appui aux esclaves (aux U.S.A). : les Etats de Louisiane, Caroline du Sud, Virginie ; dans la Caraibe:la Guadeloupe, la Martinique et Saint-Domingue).

- les territoires ou des tribus indigènes rebelles accueillantes pour les fugitifs assuraient aides et protection (par exemple dans la Caraïbe l'île Saint-Vincent). Aux U.S.A. des tribus indiennes assureront en Arkansas, en Géorgie, et en Floride, à de véritables armées noires de guérilla les arrières nécessaires à leurs coups de mains.

- les régions frontalières étaient propices au développement de bandes marronnes, d'où par exemple le nom de Maroni donné au fleuve séparant le Surinam de la Guyane et dont la rive française abrite aujourd'hui de nombreux peuplements noirs descendant de ces fugitifs.

2.2. Le marronnage

On appelle " marrons ", les esclaves fugitifs réfugiés dans les bois pour retrouver leur liberté.

Ils constituaient des bandes armées soit vivant de rapines, de rançonnement de voyageurs, d'attaques d'entrepôts, etc., soit constituant des sociétés indépendantes ou des petites républiques plus ou moins éphémères. Tous les pays esclavagistes connaîtront le marronnage. Quelques exemples parmi les plus importants :

- au Brésil des esclaves fugitifs, unis à quelques brésiliens avaient entre les années 1620 et 1630 formé deux états libres le Grand et le Petit Palmarès. Le Grand Palmarès fut presque entièrement détruit par les hollandais en 1644, l'autre fut détruit par les Portugais en 1696. Vaincus un grand nombre de noirs se donnèrent la mort pour ne pas survivre à la perte de leur liberté.

- à la Jamaïque, en 1730, Cudjoe arrive à fédérer les bandes marronnes et fait trembler les anglais. Il les contraint à signer un traité par lequel reconnaissant leur liberté, les anglais leur cèdent à perpétuité une portion du territoire de l'île.

- en 1726, les Marrons du Surinam conquirent leur liberté et forcèrent leurs oppresseurs à traiter avec eux, de peuple à peuple. Ils formèrent une petite république.

- en 1816 à la frontière de la Floride (alors espagnole) une bande marronne de 600 fugitifs armés livrera une véritable bataille rangée avec l'armée de l'Union à qui elle infligera de nombreuses pertes. 300 marrons seront tués au combat, les autres se réfugieront en Floride.

2.3. Les soulèvements violents

Les esclaves rechercheront aussi leur liberté et leur dignité par le soulèvement collectif. Les sociétés esclavagistes vivront dans la hantise permanente du soulèvement général des esclaves.

En dépit du système répressif, des milices armées, de la cruauté des répressions, les rebellions seront nombreuses. Pour les seuls U.S.A., les historiens recensent près de 300 soulèvements armés ayant entraîné la mort d'hommes, sans que l'on puisse compter ceux qui ont été volontairement passés sous silence.

Partout ces soulèvements sont impulsés par des esclaves de fraîche date qui ont connu la liberté dans leurs pays natals ou par des esclaves lettrés.

Tous les captifs connaissaient la sauvagerie des punitions s'ils étaient repris. Aux U.S.A., les rebelles ou les fugitifs ayant tué leur maître étaient, devant des foules endimanchées pour l'occasion, torturés et brûlés vifs ; les complices étaient pendus. Ailleurs, on avait recours aux bûchers, à la potence, à la roue, et parfois les rebelles étaient livrés, en spectacle, à des chiens " dévorateurs ".

Les périodes d'instabilités politiques ont été propices aux soulèvements armés : aux Antilles françaises avec la période révolutionnaire (1791-1803) ; aux U.S.A., de 1770 à 1805, période de la guerre d'indépendance, et de 1840 à la fin de la guerre de sécession.

Quelques grands soulèvements sur le territoire américain

- 1526 à Pedee River, Caroline du Sud, premier soulèvement victorieux, tous les colons espagnols (environ 250) sont massacrés, les esclaves s'enfuient par centaines et ne seront jamais repris.
-
1730 : le soulèvement du chef africain Samba terrorisa la Louisiane.

- 1739 à Charleston, Caroline du Sud, une troupe rebelle dirigée par Caton résistera 3 jours à l'armée des colons - très nombreux morts.

- 1741 à New York, incendies criminels plusieurs blancs tués, 15 Noirs brûlés vifs avec 4 complices blancs, 13 Noirs pendus.

- 1802 à Elizabeth City, Caroline du Nord, la bande marronne de Tom Copper attaque une prison ; 4 fugitifs capturés et pendus.

- 1811 à la plantation Andry, près de New Orléans (Louisiane) une bande rebelle dirigée par Charles Deslondes incendie la plantation, massacre tous les planteurs et livre une bataille rangée à une troupe de 400 miliciens, suivie de 10 jours d'escarmouches. Des dizaines de Noirs tués au combat ou pendus. Les têtes coupées sont plantées sur des piquets à intervalles réguliers jusqu'à l'entrée de la ville.

- 1831 à Southampton, Virginie, la révolte de Nat Turner tua plus de 60 planteurs avec leur famille. Il faudra l'intervention de la milice et de l'armée régulière pour en venir à bout. Une centaine de Noirs tués au combat, 13 pendus, 3 Noirs libres pendus comme complices, nombreux esclaves hommes et femmes torturés et massacrés dans la région à tire de représailles

- 1839, les captifs du navire négrier cubain Amistad, sous la conduite de Joseph Shinquau, prirent l'équipage en otage et le contraignirent à faire route vers l'Afrique, mais les marins amenèrent le bateau à New York, ou les esclaves d'abord emprisonnés seront libérés.

- à partir des années 1840-1850, les soulèvements et la répression sauvage iront en s'accentuant à l'approche de la fin du système esclavagiste. " Le nombre des esclaves torturés, massacrés ou lynchés en représailles est impossible à évaluer ; … Cette habitude du lynchage s'ancrera d'ailleurs dans la tradition sudiste, au point que bien après la fin officielle de l'Esclavage, au cours de la dernière décennie du XIXe siècle, un Noir du Sud fut pendu et brûlé par des foules haineuses tous les deux jours " (cf. " Les Noirs américains ", Ph. Paraire)

A ces soulèvements, il faudrait ajouter les très nombreux complots et conspirations qui furent déjouées comme : en 1800, en Virginie, la conspiration de Gabriel qui, concernait un millier d'esclaves et 10 000 complices.

En 1829, en Caroline du Nord, le complot de Charles Prioleau qui concernait plusieurs milliers d'esclaves ; ou encore celui de 1853, en Louisiane, qui concernait environ 2 500 esclaves, associés à des blancs et à une bande marronne opérant dans les marécages voisins.

 

Le concept de racisme