Léonce LEBRUN

| L'Afrique Noire des Arts |
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La partie du continent africain située au sud du Sahara où les populations noires sont en majorité.'est l'une des principales aires culturelles de la planète. C'est aussi une mosaïque de jeunes États sauf l'Éthiopie qui s'efforcent avec peine de constituer, malgré l'urgence des problèmes économiques, des associations régionales à la dimension des ensembles coloniaux qu'ils ont remplacés. Ces quarante-sept États - quarante-cinq en excluant Mauritanie et Soudan où les populations noires sont minoritaires - ont hérité de territoires inégalement dotés en étendue, population, ressources, et qui sont de surcroît tous très hétérogènes par leur composition ethnique. Les problèmes d'unité ont souvent servi à justifier la mise en place de régimes autoritaires à parti unique et centralisme d'État. Rébellions internes et conflits de frontières, attisés par des puissances étrangères, ont affaibli les appareils d'État et multiplié le nombre des réfugiés.
Beaux-arts. Si les peintures rupestres d'Afrique australe et du Sahara remontent à plus de huit mille ans, la sculpture en terre cuite leur est peut-être antérieure dans l'Aïr, et va culminer avec les cultures de Nok Nigeria, 500 avant J.-C. ; 200 après J.-C., puis de Djenné Mali, XIVe-XVIe siècle. À l'utilisation du fer dès le Ier millénaire succède la maîtrise du bronze, attestée au Xe siècle avant J.-C. C'est à la cour du Bénin (Nigeria) que le travail du métal atteint son apogée à partir du XVe siècle, portant d'ailleurs la marque des contacts avec l'Europe. Les principaux métaux utilisés sont le bronze, l'or et le fer. La sculpture n'est que l'un des aspects d'une activité artistique multiforme s'appliquant à l'architecture, à la danse, aux techniques de la vannerie ou des textiles. Concentrée dans la zone intertropicale, elle tire sa valeur de son environnement rituel et social, et s'exprime surtout dans l'ivoire et le bois. Statues et masques s'attachent à capter ou à illustrer les forces vitales et les valeurs de vie, et participent au culte des ancêtres et des esprits. La figure humaine est la principale source d'inspiration des artistes, les caractères physiques porteurs d'une valeur spirituelle étant souvent accentués indépendamment des proportions naturelles. La simplification des traits est fréquente (sculptures pahouins et baoulées du Gabon atteignant dans certaines œuvres une pureté abstraite. Avec un sens profond du rythme et du volume, l'art africain oscille, selon les ethnies, entre abstraction (bronzes d'Ifé, Nigeria) et naturalisme (masques dan de Guinée Expression d'un fort sentiment religieux, il témoigne, dans l'invention des formes, d'une imagination qui séduisit au début du siècle les artistes européens.
Littérature. La littérature d'Afrique noire a été presque exclusivement orale jusqu'au XIXe siècle. et marquée par une grande diversité linguistique et transmise par la tradition. Là où les professionnels de cette littérature existent, comme en Afrique occidentale, ils sont investis d'un pouvoir important au sein de la communauté : le langage est considéré comme efficient, et doué de la capacité de tuer ou de guérir. Ces " maîtres de la parole ", ces " dupeurs d'oreilles " peuvent être des historiens à gages, des griots, des mages, des poètes et des musiciens. La littérature profane comprend jeux, proverbes, textes éducatifs, contes et satires, et la littérature sacrée est constituée de prières, de récits légendaires et de mythes. Il existe, parallèlement, une littérature négro-africaine d'expression française, anglaise et, dans une moindre mesure, portugaise. Après la période coloniale, de nombreux écrivains noirs sont revenus à leurs racines et ont utilisé la langue des colonisateurs pour se faire entendre du public africain et international. La revendication de la négritude est parfois violente (l'Afrique révoltée, d'Albert Tevoedjre), parfois sereine comme dans l'œuvre de Léopold Sédar Senghor. Parmi les œuvres de littérature francophone remontant à une cinquantaine d'années, citons notamment l'Enfant noir (1953), du Guinéen Camara Laye ; Une vie de boy (1956) ; le Vieux Nègre et la médaille (1956), du Camerounais Ferdinand Oyono ; Aventure ambiguë (1961), du Sénégalais Cheikh Hamidou Kane.
Musique. Les musiques traditionnelles africaines sont populaires, car elles ne font appel à aucune théorie explicite de la part de ceux qui en sont les dépositaires, et résultent d'une création collective. Elles sont anonymes, sans date ni écriture, et transmises oralement de génération en génération. De ce fait, d'une exécution à une autre, elles sont sujettes à des modifications. En se transformant, elles se renouvellent sans cesse. Ces musiques sont fonctionnellement liées à tous les événements importants de la vie communautaire dans laquelle elles s'insèrent : célébrer la naissance ou la mort, accompagner les cérémonies initiatiques, les rituels de guérison, les travaux collectifs, les récoltes ou l'ouverture d'une grande chasse, offrir un sacrifice aux ancêtres ou communiquer avec les forces surnaturelles, ou encore faire connaître, à travers des récits ou des mythes, le savoir ancestral. Tout est prétexte à faire de la musique. En tant qu'activité sociale, la musique est partout minutieusement organisée. L'emploi des instruments obéit à des règles strictes<; certains d'entre eux ne sont utilisés que dans des circonstances données, et par des personnes spécifiquement désignées. S'il existe des musiques jouées individuellement, pour le seul plaisir, une grande partie de la production musicale reste collective et liée aux rituels religieux. En Afrique noire, la notion de musicien professionnel est quasi absente. Toutefois, dans certaines régions de l'Ouest, entre la savane sahélienne et le golfe de Guinée, il existe une caste de musiciens et conteurs professionnels appelés griots. Mis à part certaines catégories de chants réservées aux femmes, aux enfants ou aux membres de sociétés initiatiques ou religieuses, la musique est leur apanage quasi exclusif. Ils étaient autrefois attachés à une cour et avaient pour tâche de conserver et de transmettre l'Histoire du royaume et les généalogies des souverains. L'Afrique noire est à la fois un foyer de création et un conservatoire. On y trouve une grande variété de types d'instruments (tambour, arc musical) et des créations originales, voire uniques telles que la harpe-luth ou le jeu de languettes pincées |




