EGYPTE , l'armée toute puissante dans le pays Les Egyptiens se trouvent dans une situation totalement confuse au lendemain du premier scrutin présidentiel de l'après-Moubarak. Deux jours plus tôt en effet, le Parlement élu l'hiver dernier, dans le cadre des premières élections législatives libres de l'histoire de l'Egypte, a été invalidé par la Haute cour Constitutionnelle, et le Conseil suprême des forces armées s'est attribué les prérogatives législatives. Le pays se trouve donc dans une complète instabilité institutionnelle. Les résultats ne seront connus que jeudi, mais ce pourrait bien être Mohamed Morsi. Le candidat des Frères musulmans a obtenu plus de la moitié des voix des électeurs, selon les premières estimations de la confrérie, qui lui accorde 51% des voix selon un décompte provisoire. Ce résultat constitue d'ores et déjà une victoire symbolique au regard de la disproportion des moyens de campagne accordés par l'appareil d'Etat hérité de l'ère Moubarak au candidat Ahmad Shafiq, soutenu en sous-main par l'armée. Et également au regard de l'appel au boycott d'une partie de la gauche. En outre, si la participation a été, selon la commission électorale, inférieure à celle du premier tour, 46%, elle a quand même été non négligeable. Cela montre qu'il y a dans le pays un rapport de force avec lequel l'armée devra compter, observe un spécialiste du Proche-Orient. En réalité, les pouvoirs du prochain président sont réduits à la portion congrue après la déclaration constitutionnelle de dimanche qui accorde de facto au CSFA le pouvoir législatif et le contrôle des budgets de l’Etat, si bien que ce président sera à la tête d'une coquille . Quand l'ancien président Hosni Moubarak contesté par la rue a remis le pouvoir à l'armée le 11 février 2011, celle-ci a promis une transition rapide vers un pouvoir civil élu. Pourtant, il n'y a, à ce moment là, pas eu de révolution, mais seulement la mise à l'écart de quelques personnes pour préserver l'essentiel de l'ordre établi. L'armée a ensuite négocié le calendrier institutionnel avec les Frères musulmans, la principale force d'opposition. Et la transition promise a été organisée dans le plus grand désordre avant même le coup porté par la Cour Constitutionnelle, le 14 juin dernier, les Egyptiens étaient appelés aux urnes pour élire un président sans savoir quelles seraient ses attributions, puisque l'Assemblée constituante désignée par le parlement afin de préparer une nouvelle constitution avait été suspendue au mois d'avril. Oui et non. Certes, l'essentiel du pouvoir restera désormais aux mains des militaires, jusqu'à l'élection d'une nouvelle Assemblée du peuple. Pourtant on n'est cependant pas dans la configuration d'une dictature militaire du type de celles qui avaient cours en Amérique latine dans les années 70 où les droits humains étaient systématiquement bafoués. L'armée n'est en outre pas dans un face à face avec les seuls Frères musulmans, comme le montre le résultat du premier tour de la présidentielle où Mohammad Morsi n'a obtenu de 25% des voix, tandis que le nationaliste de gauche Hamdeen Sabbahi créait la surprise avec 20% des voix, suivi par l'islamiste modéré Abdel Moneim Aboul Foutouh ,17,5, et l'ancien ministre des Affaires étrangères Amr Moussa ,11,1%. L'armée n'a aucun projet politique clair en dehors de la défense de ses privilèges. Elle a, dans un premier temps, permis le renversement du régime Moubarak dont les réformes libérales instaurées à partir de 2004, portaient atteinte à ses très vastes intérêts. C'est sans doute ce qui explique sa modération, la répression contre les manifestants de la Place Tahrir était le fait de la police, ce qui lui a valu dans un premier temps une certaine popularité. Les jeunes de la place Tahrir ont sans doute consciemment exagéré cette valorisation de l'attitude des militaires, afin d'éviter un affrontement avec eux. Personne n'ignorait en effet que l'armée aussi avait eu sa part dans la répression de l'ère Moubarak. Mais il semble que les militaires ont finalement estimé que les Frères musulmans étaient trop puissants, et ne leur offraient pas assez de garanties quant à leurs intérêts économiques et à l'immunité qu'ils attendaient. La confrérie, principale force d'opposition dans le pays, a eu une attitude ambigüe depuis la chute de Moubarak. Elle n'a pas été à l'initiative des premières manifestations, place Tahrir, en janvier et février 2011. Ses militants se sont finalement joint au mouvement, tout en gardant une certaine distance avec les contestataires. Par la suite, les Frères ont louvoyé entre arrangements et confrontation avec le CSFA. Ils ont surtout été incapables de forger les alliances qui auraient permis une rédaction consensuelle de la constitution, souligne le même spécialiste. Et aussi de calmer les craintes d'une partie des coptes, des femmes, des intellectuels. Enfin le fait qu'ils aient présenté un candidat à la présidentielle alors qu'ils s'étaient engagés, un an plus tôt, à ne pas le faire, a nui à leur crédibilité. Et ces derniers jours, alors que certains de ses membres ont dénoncé la décision de la Cour constitutionnelle, jeudi, le candidat à la présidentielle Mohammed Morsi a annoncé qu'il respectait la décision de la Cour, tandis que le président de l'Assemblée du peuple sortante Saad al-Katatni estimait que le peuple égyptien qui a élu dans la liberté et la transparence ses députés est en mesure de réélire d'autres qui protègeront les acquis de la révolution. La rédaction de la nouvelle constitution devrait être confiée à une commission constitutionnelle nommée par l'armée qui se justifie en précisant qu'elle représentera tous les segments de la société. Cette commission disposera de trois mois pour terminer ses travaux. Mais le CSFA, qui a de nouveau promis ce lundi de remettre avant le 30 juin le pouvoir au futur chef de l'Etat, s'accorde un droit de veto sur tout article qu'il estimerait contraire aux intérêts suprêmes du pays. C'est seulement après l'adoption par voie de référendum, précise la déclaration du CSFA, que de nouvelles élections législatives pourront être organisées.AFCAM le 27.06/2012
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