Prémonition

J'ai fait un rêve… en direct de la Martinique d'où je vous informe ce matin. Il règne un calme parfait sur l'ensemble du territoire.

La Martinique, une appellation que vous et moi, avons aimée; mais le pays changera de nom, au même titre que les villes, les communes, les places, les avenues et les rues, afin d'être en harmonie avec notre Histoire, nos traditions et notre culture.

Ce sera du reste la première proposition de loi qui sera déposée sur les bureaux du Conseil de la république, notre parlement.

Une page sera donc définitivement tournée, avec enfin la chute du système colonial dans notre pays.

Mais revenons en arrière, si vous le voulez bien :

Les choses ont été très vite, comme vous le savez, dès les premières émeutes survenues dans la région Sud , regroupant notamment la ville du Marin et la commune de Rivière Pilote, fief indépendantiste bien connu des milieux politiques martiniquais, les responsables du Mouvement Démocratique Caribéen,( M.D.C.) saisirent cette occasion historique pour mettre à exécution leur programme sur l'ensemble du territoire de la Martinique.

Grâce à une forte pression internationale, manœuvrée et influencée politiquement depuis la Jamaïque par le gouvernement provisoire en exil, dirigé avec maestria par Victor DELGRES, le leader du M.D.C.

Et surtout grâce à la ferme détermination sur le terrain des groupes armés, issus des milices populaires bien encadrées et disciplinées, qui en la circonstance ont pris l'appellation de l'Armée de Libération de la Martinique.(AML)

L'ALM. sous la direction de Louis IGNACE - un stratège hors du commun, doté d'un courage extraordinaire - admiré par les hommes du maquis placés sous ses ordres.

Dans ces conditions, l'Etat français a dû se rendre à l'évidence, la Martinique sera aux Martiniquais…

Dès son retour au pays, follement acclamé par le peuple, ivre de bonheur, le gouvernement provisoire par le canal de son Président a fait publié un communiqué où il ressort :

Que dire de Jean-Louis BRIAND ...

Le nouveau Chef de l'Etat, dont le mandat, d'une durée d'un an, prend effet à partir de ce jour, est né à la Martinique, une cinquantaine d'années, ingénieur agronome de formation, grand amateur de zouk ,de Richard WAGNER, admirateur de Picasso pour la peinture. Il a joué un rôle de premier plan à l'occasion des événements qui ont conduit à l'indépendance de la Martinique.

Très proche collaborateur de DELGRES et apprécié par son entourage, l'homme qui a séjourné longtemps en Europe, ne faisait pas mystère de ses choix nationalistes au service d'une Martinique, qu'il n'a jamais cessé d'aimer, malgré l'éloignement, ses écrits et son action en portent témoignage.

Responsable du maquis de la Région de Saint Pierre et chargé d'une mission de liaison auprès du gouvernement provisoire, il s'en est acquitté avec brio, mettant en échec tous les pièges placés à son encontre par les services secrets français de renseignements, et de sécurité militaire.

Lors des premières élections régionales au titre desquelles je reviendrai plus loin, BRIAND a conduit la liste du M.D.C. pour la Région du Centre, obtenant au bénéfice de son parti un score de 82 %.

Aux termes de la Constitution adoptée il y a trois semaines (voir plus loin), Jean-louis BRIAND a été nommé Président de la République par acclamation à l'occasion de la première session du Conseil de la République (le parlement).

Le Chef de l'Etat a déjà formé son gouvernement composé de 15 délégués de la République (ministres),et arrêté son programme économique et social qui portera entre autres sur :

Enfin, le gouvernement a nommé trente conseillers diplomatiques qui représenteront la Martinique auprès de l'union des Etats de la Caraïbe, des grandes capitales, de l'Afrique du Sud du Sénégal pour l'Afrique et des Institutions internationales : l'O.N.U.(politique), l'O.I.T.(travail), l'U.N.E.S.C.O(culture),l' O.M.S.(santé), l'O.M.C.(commerce).,

Comme je l'avais indiqué ci-dessus, revenons une nouvelle fois en arrière pour faire état de l'évolution des choses, depuis le retour à la Martinique du gouvernement provisoire dirigé, je vous rappelle par Victor DELGRES, leader incontesté du M.C.D.

A la suite des grandioses festivités populaires consécutives à l'indépendance de la Martinique, il ne fallait pas que le doute s'installe dans les esprits.

Le gouvernement provisoire prit rapidement en main la situation, assurant la continuité des services publics et la poursuite des activités essentielles à l'économie du pays.

Sur le plan politique et donc l'adoption et la mise en place des institutions, les martiniquais se sont prononcés massivement au regard de leur première constitution, qui je le rappelle, garantit d'une façon solennelle le caractère démocratique de la vie publique, la séparation des pouvoirs exécutif, législatif, judiciaire, le rôle primordial de l'Etat dans la conduite des affaires économiques, sociales et culturelles du pays.

Après une campagne électorale, haut en couleur et d'un niveau élevé au titre des idées, les martiniquais se sont prononcés :

Pour les auditeurs qui prennent l'écoute, je leur rappelle la grande information du jour, à savoir, que le Président de la Région du Centre, Jean-Louis BRIAND devient le premier Président de la République de la Martinique et prêtra serment ce matin à 11h45 précises (heure du protocole) à la Place de l'Indépendance, en présence des représentants de plus de 150 pays membres de l'O.N.U., au programme, hymne national, drapeau, et bals populaires dans toutes les villes du pays.

Vous devez savoir également, que le gouvernement provisoire, après avoir rendu un vibrant hommage aux combattants nationalistes, tombés pour une juste cause qui était la leur, a été dissout avec les honneurs, et que les milices populaires ont été désarmées, la sécurité intérieure et extérieure du territoire, sera désormais assurée par une garde nationale ayant statut militaire

Auparavant, le gouvernement provisoire dès son retour d'exil avait eu à gérer l'épineux problème des dérapages inévitables en période troublée, trahisons, désertions, pillages et dégradations de bâtiments publics…etc...

Par décret spécial, un tribunal des forces patriotiques a été institué, composé d'un officier général, deux officiers, quatre miliciens, et présidé par un magistrat civil, professionnel, de l'ex-juridiction d'appel de Fort de France.

En ne tenant pas compte des dénonciations calomnieuses, et autres lettres anonymes, 117 personnes avaient été arrêtées, toutes originaires de la Martinique, les observateurs objectifs ,et la presse internationale présente aux audiences, estiment que ce chiffre n'est pas élevé, compte tenu de la situation d'un pays dont les ressortissants ont été pendant des années, victimes de toutes sortes de pressions consécutives à l'Esclavage , au colonialisme, le "ventre"…une preuve éclatante ayant par là même, été donnée à l'opinion mondiale, que ce peuple fier, mais écrasé et humilié par l'Histoire , n'avait jamais renoncé à ce désir légitime, de recouvrer tôt ou tard ,une totale émancipation..., et après vérification, 51 détenus ont fait l'objet d'une instruction pénale et criminelle.

A la suite d'un procès qui s'est déroulé dans des conditions normales, le Tribunal militaire avait prononcé :

Tous les condamnés à mort, qui ont reconnu les chefs d'accusation retenus à leurs charges, ont demandé pardon à la Nation, et à leurs familles.

Ils auraient dû être passés par les armes sous les ordres d'un peloton d'exécution, mais par mesure de clémence, le gouvernement provisoire a commué la sentence en bannissement, c'était sa dernière décision oficielle.

Dès leur levée d'écrou, ces personnes condamnées, dont les biens ont été saisis au profit de la collectivité, devront quitter à titre définitif, le territoire de la Martinique pour la destination de leur choix, dans un délai maximum de 24 heures.

Le rideau pour eux est baissé à jamais; enfin d'après mes informations, il se confirme que les personnes originaires de la Martinique, mais non résidants, disposeront d'un délai de deux ans pour choisir leur nationalité, passé ce délai, ils seront soumis à la formalité du visa pour toute entrée et séjour sur le territoire.

Quant à Victor DELGRES, le vainqueur, estimant que sa mission était terminée, il a décidé de se retirer de la vie politique pour rédiger ses mémoires.

L'homme rentre dans l'Histoire, par la grande porte de l'honneur.

C'était en direct de la Caraïbe, dans le cadre du 148ème anniversaire de l'abolition de la Traite des Noirs en Afrique, et de l'Esclavage à la Martinique, la Guadeloupe, la Guyane, la Réunion, une contribution pour l'Histoire, de votre envoyé spécial...Léonce LEBRUN,

Présidentiable