En 1793, la guerre reprend entre la France et les pays coalisés. Dans la Caraibe, l'Angleterre, avec l'aide du parti des Aristocrates et des colons émigrés, s'empare successivement de la Martinique, de Sainte-Lucie et de la Guadeloupe occupée le 11 avril 1794.
Pour libérer cette dernière, la Convention Nationale envoie le 23 avril 1794 Victor Hugues à la tête d'une petite troupe de 1 150 hommes avec deux auxiliaires précieux : le message de la convention aux Noirs et la guillotine.
Il fera son entrée victorieuse à Pointe à Pitre le 7 juin et formera le bataillon des sans culottes noirs pour lutter contre les colons résolus à défendre l'ancien régime et leurs privilèges, avec l'aide des anglais. Ces derniers capituleront le 6 octobre 1794.
Pendant quatre ans, l'esclavage fut remplacé par un travail salarié contrôlé par l'autorité politique et un système de fermage sur les terres confisquées des colons émigrés ou déportés. Avec le Directoire, revinrent les colons émigrés, ivres de vengeance, qui vidèrent les caisses de l'administration, rétablirent de fait l'Esclavage, recréèrent le désordre et l'anarchie jusqu'à l'instauration du Consulat.
Quand le représentant du Consulat arrivera le 30 mai 1801, il cherchera aussitôt à démanteler les troupes noires, arrêtant et déportant nombre d'officiers noirs.
Cette politique déclenchera le 21 octobre 1801 un mouvement insurrectionnel qui chassera le représentant du Consulat et instaurera un Conseil Provisoire avec à sa tête Pelage, ancien esclave devenu chef de brigade des armées révolutionnaires.
Ce dernier cherchera, sans succès, à rétablir des liens avec le Consulat. Cette politique devait enhardir les blancs contre-révolutionnaires restés en Guadeloupe qui tentèrent de s'emparer par la force du Fort Saint-Charles.
Devant ce danger Louis Delgrés, mulâtre qui servit en France dans les armées révolutionnaires où il obtint le grade de chef de bataillon, forma un gouvernement dissident le 15 février 1802.
Pour faire face à cette " rébellion ", et trois mois et demi après l'expédition de Leclerc à Saint Domingue le Consulat envoie à la Guadeloupe un corps expéditionnaire de 7 400 hommes commandés par Richepance.
Malgré un rapport des forces très inégal, Delgrés et ses troupes menèrent durant 18 jours de dures combats qui s'achevèrent à la Demeure d'Anglemont ou Louis Delgrés et trois cents de ses partisans préférèrent mourir dans l'explosion de leur camp retranché qu'ils avaient minée, plutôt que le retour à l'Esclavage.
Pendant les mois qui suivirent, un véritable régime de terreur fut instauré contre les rescapés des combats, et tous les noirs qui fuyaient le retour de l'ancien régime. Dans chaque commune un corps de chasseurs de bois fut créé.
Quand les gibets ne pûrent plus suffire pour les exécutions massives, Richepance eût recours à la déportation sur les côtes inhabitées d'Amérique du Sud et dans les bagnes de Brest.
Après la mort de Richepance, la répression sera encore plus féroce. Les noirs " qui se laissaient prendre étaient brûlés vifs sur les places publiques ". Au total c'est environ 10 000 noirs guadeloupéens qui, en quelques mois, furent tués dans les combats et la répression.
Mai
2003,
155e anniversaire
de l'Abolition de l'Esclavage.
RELAIS
DE GORÉE,
Commission - Histoire - Mémoire - Souvenir.
" Nous
n'avons pas vocation pour oublier".
VAC
Bibliographie
:
Théodore CANOT : Confessions d'un négrier (1820-1840)
Petite Bibliothèque Payot, 1993
Aimé CESAIRE/
Toussaint Louverture: La
révolution française et le problème colonial
Présence Africaine -
Paris 1981.
Jean Michel DEVEAU : La France au temps des négriers, 1994.
Michel FABRE : Esclaves
et planteurs dans le Sud américainau XIXe siècle.
Julliard collection Archives, 1978
Abbé GREGOIRE :
De la littérature des nègres
Maradan - Paris 1808
Réédition Perrin - Paris 1991
Père LABAT :
Voyages aux Isles de l'Amérique (1693-1705)
réédition Les Libraires Associés - Paris 1956
Philippe PARAIRE :
Les Noirs américains depuis le temps de l'esclavage
coll. " La vie privée des hommes ", Hachette-Jeunesse, 1992
Philippe PARAIRE :
Les Noirs américains - généalogie d'une exclusion
coll. Pluriel Hachette - Paris 1993
Germain SAINT RUF :
L'épopée Delgrés, la Guadeloupe sous la révolution
française (1789-1802)
L'Harmattan, Paris 1977
Louis SALA-MOLINS :
Les misères des Lumières, sous la Raison, l'outrage
Robert Laffont 1992
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