Au début du XIXe siècle, le progrès technologique dans l'industrie textile britannique puis européenne crée une très forte demande en matière première. Le coton va supplanter rapidement tous les autres textiles (lins, chanvre, etc.) grâce à l'invention d'une égreneuse mécanique par Eli Whitney en 1793 dont le rendement pouvait être cinquante fois supérieur au travail à la main.
Cette intervention permit de récupérer pour la culture de la plante tous les esclaves immobilisés auparavant par le tri du grain et des fibres. La culture du coton américain à fibre courte devint alors tellement rentable qu'elle supplanta rapidement toutes les autres.
De la Georgie et des Monts de Caroline, elle gagna les terres vierges du Sud Ouest, puis après 1815, le Mississipi, l'Alabama, et plus tard, pesa lourdement sur les décisions d'annexion des territoires arrachés au Mexique. En 50 ans, les américains multiplieront par dix la surface de leur territoire.
Alors qu'à la fin du XVIIIe siècle, l'Esclavage était en perte de vitesse en Amérique à tous les points de vue (rentabilité faible, réprobation internationale, pomme de discorde intérieure) entraînant l'abolition de l'esclavage dans de nombreux Etats : Vermont (1777), Massachusetts et New Hampshire (1783), Connecticut et Rhode Island (1784) et New Jersey (1804), le coton relancera le système esclavagiste.
La production cotonnière et la population noire croîtront parallèlement jusqu'à la guerre de sécession. Elle passera de 2 600 tonnes en 1792 à 80 000 tonnes en 1815 à 1,15 million de tonnes en 1861.
Le nombre des esclaves noirs passera de 700 000 en 1790 à 3,2 millions en 1850 et à presque 4 millions en 1860. Le recensement effectué au milieu du XIXe siècle établit que 2,5 millions d'entre eux travaillent dans l'agriculture dont plus de 1,8 million sur les plantations de coton.
Ainsi la richesse initiale des U.S.A. s'est construite à partir du Roi Coton (King Cotton) dont les Etats du Sud assureront 75 % de la production mondiale. Le travail gratuit des esclaves rapportera plus de 60 % des recettes d'exportation des U.S.A.
La sueur, les larmes et le sang de millions d'esclaves permit, il y a un siècle et demi, l'accumulation primitive des capitaux nécessaires au décollage de la puissance économique américaine.
| Les conséquences pour la France et l'Europe |